Femme rurale – Corps et territoire d’abondance


Par Haydeé de la Paz Marroquín González, conseillère volontaire en communication pour SUCO Pérou.

Lima, Pérou. Afin de donner la parole aux femmes rurales et originaires de plus de onze pays d’Amérique latine, le deuxième sommet international appelé ABYA YALA a eu lieu la semaine du 14 au 19 octobre 2021.

Ce sommet a réuni plus de quatre cents représentantes de toute l’Amérique latine, coordonnées par notre partenaire local Fenmucarinap. Celles-ci se sont exprimées en faveur de la vie, des droits sexuels et reproductifs, de l’égalité des droits et des chances, de la souveraineté alimentaire et de la défense du territoire des femmes rurales, autochtones et natives. Les activités ont débuté le 14 octobre, dans un acte de bienvenue à toutes les femmes d’origine latino-américaine.

Le lendemain, on réalisa le « rituel mystique » sur un autel sacré qui rassemble symboliquement les cinq éléments : la lumière, la terre, l’air, le feu et l’eau, sur la Plaza Cáceres, située dans la capitale péruvienne, devant toutes celles qui y assistaient.

Ce rituel a été suivi d’un «pasacalles» ou défilé intitulé « Journée des femmes rurales, des femmes paysannes et de la ville qui luttent pour le respect du droit de décider du territoire de nos corps » a été organisé. Celui-ci s’est rendu jusqu’à la Plaza Mayor au centre de Lima, où les femmes ont été reçues par la première dame de la nation péruvienne, Mme Lilia Paredes, au Palais du Gouvernement, où a eu lieu l’acte solennel de la « semence de la graine de tous les sangs ».

Former pour donner le pouvoir aux femmes rurales

Au cours de la même semaine, les femmes ont participé à des assemblées formatives et à des tables rondes. Parmi les thèmes qui ont été développés lors de ces rencontres, nous retrouvons :

  1. L’égalité des droits et des chances avec une perspective de genre pour toutes les femmes autochtones des peuples natifs.
  2. La défense du territoire du corps des femmes autochtones, de leurs droits sexuels et reproductifs et contre les violences faites aux femmes.
  3. Les défis que posent le modèle économique actuel et les changements climatiques dans la lutte des femmes autochtones pour la souveraineté alimentaire avec un travail décent, dans la défense des territoires et de l’accès à l’eau et pour préserver la sagesse ancestrale des semences autochtones.
  4. Une nouvelle constitution avec des réformes constitutionnelles nécessaires pour garantir les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux des peuples autochtones et natifs, en particulier ceux des femmes et des jeunes.
  5. Le renforcement de la coordination pour l’égalité des sexes et pour la défense des femmes internationales de l’ABYA YALA.
  6. La première rencontre des jeunes de l’ABYA YALA, avec des propositions de débat pour les exposantes du Pérou, de l’ABYA YALA et de la voie rurale.

Au cours de chaque table, les animateurs ont canalisé et arbitré les questions, permettant aux participants d’exprimer leurs idées verbalement et par écrit. Des dialogues et des discussions très importants et fructueux ont eu lieu au cours de ce sommet. Les femmes ont mis de l’avant les besoins et réflexions suivantes comme étant prioritaires :

  1. Face à des situations diverses, réaliser, sensibiliser, promouvoir l’inclusion des femmes autochtones et natives, évitant ainsi l’exclusion et la discrimination pour un meilleur développement social, politique, économique et culturel dans le monde.
  2. Réaffirmer et affirmer nos droits en tant que femmes autochtones.
  3. Renforcer l’organisation de toutes les femmes à tous les niveaux.
  4. Reconnaître le corps et le territoire afin d’exercer le droit à la santé et à l’éducation.
  5. Améliorer l’articulation des organismes d’État dans la formation et l’accompagnement des agriculteurs avec des aides et des technologies, en particulier envers les femmes, afin qu’elles soient également reconnues comme propriétaires de la terre, vendeuses et commercialisatrices des produits qui y sont cultivés.

Au seuil d’une deuxième réforme agraire

« La souveraineté alimentaire, urgente et nécessaire », le slogan que celles-ci scandaient dans leurs chansons et dialogues, est l’une des problématiques les plus évoquées lors de ces rencontres.

Le gouvernement péruvien publie actuellement trois décrets suprêmes pour consolider la deuxième réforme agraire : le premier pour décrire ses lignes directrices, le deuxième pour créer le Cabinet du développement agraire et rural, et le troisième pour créer un Conseil national du développement agraire et rural.

Selon la note d’information « Ce sont les lignes directrices de la deuxième réforme agraire du gouvernement » ; publiée dans le journal numérique Perú 21 le 16 novembre 2021. Le gouvernement péruvien a approuvé les lignes directrices de la deuxième réforme agraire qui visent à augmenter durablement les revenus et la qualité de vie des producteurs, y compris l’agriculture familiale, coopérative, communautaire et entrepreneuriale :

Orientation 1 : Mettre en œuvre une nouvelle forme de gouvernance pour le monde agraire et rural.

Orientation 2 : Promouvoir des marchés plus nombreux et de meilleure qualité pour l’agriculture familiale et la sécurité alimentaire.

Orientation 3 : Promouvoir l’industrialisation de l’agriculture et la transformation productive de l’espace rural.

Orientation 4 : Assurer la sécurité de l’eau et augmenter le développement des infrastructures d’irrigation de manière planifiée et prioritaire sur le territoire, avec une approche par bassin et en répondant à la demande, notamment de l’agriculture familiale.

Orientation 5 : Promouvoir le changement technologique et l’innovation, la promotion des services et le développement agricole et forestier.

Avec la publication de ce décret, de nombreux citoyens péruviens, mais surtout les femmes rurales, souhaitent que ces orientations soient mises en œuvre et qu’elles soient prises en compte dans l’occupation et la culture des terres. Ils attendent également la publication des deux prochains décrets afin de poursuivre le processus de réforme.

Réalisations et activités à venir

Parmi les progrès positifs, on peut mentionner qu’un « agenda politique des femmes pour la ville de Lima » a déjà été publié et approuvé, qui se définit comme étant un espace de réflexion partagé pour promouvoir le droit à la ville, grâce à l’effort de diverses organisations gouvernementales et non gouvernementales, de dirigeantes et de représentantes de plus de seize districts de la ville de Lima. Il s’agit d’un processus de construction collectif qui doit être renforcé chaque jour pour parvenir à son exécution.

Selon les représentantes de notre partenaire local, Fenmucarinap, le prochain sommet de l’ABYA YALA aura lieu en mars 2022, dans la ville de Guatemala, en Amérique centrale.

La tenue de ces réunions internationales est importante, car elle permet aux femmes rurales autochtones d’Amérique latine de partager des besoins et des intérêts communs en ajoutant des enjeux cruciaux à l’ordre du jour pour contribuer au développement intégral de leurs communautés et pour être des actrices de changement pour le monde entier.

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