Être femme en Côte d’Ivoire : quelles sont les évolutions ?


Par Djénéba Traoré, collaboratrice en gestion de projets et recherche de financement pour notre partenaire INADES-Formation en Côte d’Ivoire

La Côte d’Ivoire, pays d’Afrique de l’Ouest en pleine émergence, a démontré au fil des années son intérêt envers l’égalité de genres en prenant part à différents accords internationaux et en ajustant la loi au niveau national. Néanmoins, des efforts sont encore à faire pour réduire réellement la discrimination et l’inégalité vécues à tous les niveaux par les femmes.

Conditions actuelles

L’amélioration des conditions de la femme devrait faire partie des conditions essentielles à la croissance économique en Côte d’Ivoire, s’inscrivant également dans les objectifs (numéro 6) de développement durable (ODD) de l’Organisation des Nations unies (ONU). Cependant, nous constatons une évolution lente des conditions de vie ainsi que des inégalités persistantes malgré les engagements, en raison de facteurs culturels, politiques et socio-économiques. Voici quelques statistiques révélatrices : 75% des femmes vivent encore sous le seuil de pauvreté (rapport Banque mondiale, 2013), 71% sont analphabètes ayant ainsi moins de chances de devenir autonomes et 96% vivent en monde rural1, où les seules opportunités économiques seront liées à la pratique de l’agriculture et la transformation des produits agricoles. Pour la Côte d’Ivoire, en termes de classement, cela se traduit par la 171e position sur 188 en termes d’égalité de genres selon l’ONU et la 43e position sur 52 pays africains2 selon la Banque africaine de développement (BAD).

Les inégalités et discriminations que subissent les femmes en Côte d’Ivoire résultent de facteurs intrinsèques à la société, notamment la culture. Dès l’enfance, les chances deviennent inégales en raison du faible taux de scolarisation des filles, car les familles font souvent le choix d’investir en l’avenir des garçons en réduisant les filles à la sphère reproductrice (aider dans les tâches ménagères, mariage et grossesses précoces). En matière d’emploi, les femmes se retrouvent confinées dans des filières considérées féminines n’ayant pas de perspectives d’avancée et faiblement rémunérées. Les inégalités sont aussi visibles au niveau de la rémunération, qui est 59% inférieure3 à celle des hommes.

Les pratiques rendues habituelles par la culture contribuent implicitement au manque de volonté d’améliorer les conditions de vie des femmes, car elles sont banalisées en étant transmises de génération en génération. De plus, le droit coutumier en Côte d’Ivoire est souvent incompatible à l’application de droits plus équitables pour les femmes en raison du rejet auxquels les législateurs font face de la part de la gent masculine (ex. : chefs religieux et coutumiers).

Des stratégies d’autonomisation pour la femme

L’autonomisation de la femme passe par trois dimensions que nous pouvons distinguer : l’éducation et la formation, un cadre législatif plus adapté à leur réalité et qui protège leurs droits et, enfin, l’inclusion des femmes dans les processus politiques et décisionnels. L’objectif intermédiaire serait de briser la subordination automatique que la femme subit à tous les niveaux. 

La première dimension implique pour l’État de mettre en place des mesures coercitives dans le but d’augmenter les chances des filles de se rendre plus loin dans leur éducation et aux femmes d’avoir accès à des formations professionnelles. Dans ce sens, la Loi (2015) rend obligatoire la fréquentation scolaire des filles de 6 à 16 ans. En ayant accès à un avenir professionnel, les femmes doivent également avoir des ressources permettant d’encadrer la maternité, telles que l’accès aux soins maternels (santé de la mère et de l’enfant ainsi que réduction des risques de mortalité) et au planning familial, les crèches ou services de garderie en milieu urbain et d’autres services permettant d’allier gestion du foyer et vie professionnelle.

La seconde dimension constitue la base législative qui doit encadrer les droits des femmes et les protéger contre les abus des pratiques culturelles et informelles. La Côte d’Ivoire s’est engagée dans des accords internationaux visant la protection, luttant contre la discrimination et pour plus de parité entre les genres — entre autres la Charte de Maputo4 et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF). Ces accords s’appliquent au niveau national par des révisions de lois telles que : une nouvelle Constitution sensible au genre adoptée en 2016 (art. 35 à 37) et la Loi sur le mariage qui confère désormais le droit pour la femme de participer aux décisions et à la gestion du foyer au même titre que l’homme.

La troisième dimension, enfin, s’articule autour du problème de représentativité des femmes, en politique notamment. En 2019, une loi sur la parité a mis en place un quota minimal de 30% de femmes5 ainsi qu’un financement incitatif pour les regroupements étant paritaires. Nous constatons cependant que la présence des femmes est loin d’atteindre le minimum requis avec moins de 15-20% de femmes6 dans les sphères exécutives et législatives (ministres, députées, mairesses). L’impact de nouveaux acteurs de la société civile n’est pas à négliger, soit les organismes œuvrant pour les droits des femmes. Ceux-ci mènent des actions et projets à plus petite échelle dans le but d’outiller les femmes dans des situations plus vulnérables et de sensibiliser sur des questions d’actualité ; certains organismes réussissent même à avoir un impact au niveau législatif. Ces organismes peuvent bénéficier également du soutien financier d’organismes internationaux tels que la BAD et des programmes ou divisions de l’ONU (ONU-Femmes, Programme des Nations Unies pour le Développement).

En conclusion, davantage d’efforts doivent être appliqués dans l’amélioration des conditions de vie des femmes en Côte d’Ivoire. Elles pourraient faire partie intégrante de la croissance économique du pays si elles étaient considérées à leur juste valeur et outillées afin de devenir plus autonomes. L’ensemble de la société bénéficierait de conditions plus inclusives et de même pour les générations futures.

Sources

1 Dr BINATE FOFANA Namizata “Initiatives et politiques du gouvernement en faveur de l’autonomisation des femmes”, Ministère de la Femme, de la protection de l’enfant et de la solidarité

2 Jacques MORISSET, “Les femmes, la face cachée de l’émergence en Côte d’Ivoire” (2017), Banque mondiale blogs https://blogs.worldbank.org/fr/nasikiliza/les-femmes-face-cachee-de-lemergence-en-cote-divoire

3 Noel BLÉ, “La lourde discrimination des femmes en Côte d’Ivoire” (2016), Libre Afrique https://www.contrepoints.org/2016/04/06/245720-discrimination-des-femmes-en-cote-divoire

4 Centre d’information et de communication gouvernementale (CICG), Awa Sylla (2022) https://www.fratmat.info/article/219098/societe/autonomisation-de-la-femme-le-gouvernement-appelle-a-une-appropriation-par-tous-pour-davantage-dinclusion

5 Amandine Réaux, France Info (2021) https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/en-direct-du-monde/en-cote-d-ivoire-malgre-la-loi-sur-la-parite-les-femmes-deputees-sont-encore-trop-rares_4310205.html

6 Dr BINATE FOFANA Namizata, Initiatives et politiques du gouvernement en faveur de l’autonomisation des femmes, Ministère de la Femme, de la protection de l’enfant et de la solidarité

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